The Politics of Information in an Age of Weaponized Interdependence
Guillaume Beaumier, Abraham Newman, Rong Qin, International Studies Quarterly, Vol. 70, No 3.
Les flux de communication mondiaux se retrouvent de plus en plus confrontés à des efforts de renationalisation du contrôle de l’information, notamment par des règles de localisation des données exigeant des entreprises qu’elles stockent les données des utilisateurs à l’intérieur des frontières nationales. Bien que les travaux de recherche antérieurs mettent souvent l’accent sur le type de régime (c.-à-d., sur les incitations autocratiques) pour expliquer ces politiques, nous affirmons que des facteurs internationaux jouent aussi un rôle central. Les flux de données constituent une opportunité économique comme une source de vulnérabilité stratégique, car les systèmes d’information peuvent être exploités à des fins de surveillance et de coercition par des adversaires étrangers. Quand les États perçoivent un risque accru de coercition, ils se montrent plus enclins à supporter les coûts économiques d’un repli et adoptent des lois strictes en matière de localisation. Nous évaluons cet argument en comparant le comportement des États avant et après les révélations d’Edward Snowden, qui ont exposé la capacité du gouvernement des États-Unis à transformer l’Internet commercial en arme. Après ces révélations, les États plus distants des États-Unis sur le plan géopolitique avaient plus de chances de mettre en œuvre des règles de localisation plus strictes. Une étude de cas de la Chine montre que ces révélations ont fait office de choc important, incitant les rivaux des États-Unis à prioriser la sécurité par rapport aux considérations économiques. Sur le plan empirique, nous présentons un ensemble de données inédit sur les efforts nationaux de localisation. Sur le plan théorique, nous relions nos résultats à des débats sur le repli et l’ouverture économiques, en soulignant comment la coercition peut refaçonner les marchés numériques mondiaux.
Guillaume Beaumier
Professeur adjoint à l’École nationale d’administration publique


