Quand la transparence fragilise la démocratie : le cas suédois
Stéphane Paquin, Pouvoirs 2025/4 n° 195, pages 31 à 40
La progression des partis populistes d’extrême droite suscite une inquiétude croissante au sein des pays démocratiques. Hostiles à l’immigration, à la mondialisation et aux élites traditionnelles, ces formations remettent en cause les principes fondamentaux de la démocratie libérale. Les Démocrates de Suède constituent une illustration emblématique de cette dynamique. En l’espace de quelques années, ce parti est parvenu à s’imposer comme une des principales forces politiques du pays.
Son influence s’est accentuée à l’automne 2022 avec la conclusion de l’« accord de Tidö », signé avec les Modérés, les Chrétiens-démocrates et les Libéraux. Cet accord, inédit dans l’histoire de la Suède, a permis la mise en place d’une coalition de droite pour un mandat de quatre ans, couvrant des domaines variés tels que la lutte contre la criminalité, la politique migratoire, l’économie, l’énergie, la santé et l’éducation. Bien que les Démocrates de Suède ne détiennent formellement aucun portefeuille ministériel, leur position en tant que partenaire externe leur confère un rôle central dans l’orientation de l’action gouvernementale. Cette influence politique est aussi confirmée par les sondages d’opinion, qui les placent au second rang des partis les plus soutenus sur le plan national. Leur chef, Jimmie Åkesson, figure désormais parmi les personnalités politiques les plus populaires en Suède.
Si l’on attribue fréquemment le succès des Démocrates de Suède à l’insécurité économique ou aux tensions culturelles liées au multiculturalisme et à l’immigration, notamment à travers les demandes d’asile, ces explications ne suffisent pas à saisir pleinement l’ampleur du phénomène…
Stéphane Paquin
Professeur, École nationale d'administration publique
Directeur exécutif du GÉRIQ


